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- Pierre Dassigny -

Les trois grands types de classification de la santé mentale des jeunes

Trois grands systèmes ont été proposés pour évaluer la santé mentale des jeunes. La tradition médicale catégorielle, la tradition psychologique dimensionnelle et la théorie psychanalytique ont chacune donné naissance à des classifications des troubles mentaux.

L'approche médicale définit des catégories qualitatives, la santé vs la maladie, par la présence ou l'absence de certains symptômes. Ces symptômes sont choisis par des groupes d'experts réunis en comités. Théoriquement, les choix des experts doivent être validés par des études épidémiologiques et cliniques sur le terrain. Actuellement, les Field Trials du DSM-IV sont en cours. Pour certains diagnostics, ils ont déjà été publiés. Les classifications contemporaines sont multi-axiales. Elles étudient la psychopathologie, mais également l'état physique (certaines maladies s'accompagnent de troubles mentaux) et les facteurs environnementaux. Les classifications connues sous le nom de DSM mises au point par l'American Psychiatric Association appartiennent à ce groupe.

La théorie psychanalytique définit les maladies mentales en termes de conflits inconscients générateurs d'une angoisse qui, à son tour, déclenche des mécanismes de défense. Dans les classifications psychanalytiques, l'organisation des diagnostics repose sur des hypothèses quant à l'archaïsme de la psychopathologie. La classification d'Anna Freud (1965) décrit la psychopathologie chez les jeunes en fonction des étapes du développement définies par la théorie analytique. Plus récemment, la «classification française des troubles mentaux de l'enfant et de l'adolescent» (1990) décrit deux axes consacrés l'un aux «organisations psychologiques» et l'autre aux aspects physiques et environnementaux.

L'approche psychologique est dimensionnelle. Elle est basée sur une continuité des sentiments et des comportements allant du plus normal au très pathologique. Les enfants perturbés ne sont pas identifiés par la présence ou l'absence de tels ou tels symptômes, mais par leur situation à l'extrémité d'un continuum défini par les scores d'une échelle sur laquelle tous les enfants se répartissent. L'informatique a permis de raffiner les analyses statistiques associées à l'approche dimensionnelle. Aujourd'hui, c'est le CBCL (Child Behavior CheckList) (Achenbach & Edelbrock, 1983) qui représente cette approche. Les analyses factorielles ont permis à Achenbach & Edelbrock (1978) de décrire quatre grands syndromes (les troubles de la conduite, l'anxiété-retrait, l'immaturité et la délinquance de groupe avec comportements agressifs) ainsi que 14 syndromes plus «étroits». À priori cette approche est la plus satisfaisante car elle est basée sur des données empiriques et non sur l'opinion d'experts ou sur une théorie. Toutefois, l'analyse factorielle ne regroupe que les items soumis au traitement statistique. La façon dont ils sont choisis conditionne les résultats, comme dans les classifications catégorielles.